Colloque : Comment redefinir la notion de « religion » à l’epoque postmoderne ?
Colloque organisé par l’Institut de Science et de théologie des religions et la Faculté de Sciences sociales, d’Économie et de Droit (Paris)
La Faculté de Sciences sociales, d’Economie et de Droit et l’Institut de Science et de Théologie des religions vous invitent à un Colloque autour de la question “Comment redéfinir la notion de “religion” à l’époque postmoderne ?”
Le VENDREDI 5 AVRIL 2024 à 9h et le SAMEDI 6 AVRIL 2024 à 9h30 à l’Institut Catholique de Paris, 74 rue Vaugirard, 75006, Paris.
Déroulement du Colloque :
Vendredi 5 avril 2024 – 9H00
Mot d’accueil par Anne-Sophie Vivier- Muresan, doyenne du Theologicum (ICP) et introduction du colloque
I. La notion de religion du XVIIIe s. au XXe s. : approches historiques
9H30 : La « religion » dans l’Encyclopédie Catherine Marin, Theologicum et Institut d’Histoire des Missions (ICP)
10H : Au-delà de Hegel « L’expérience religieuse » et l’émergence d’une nouvelle compréhension de la religion vers 1900 Hans Joas, Humboldt-Universität (Berlin)
10H45 : Questions et débat
11h Pause
11H30 : « Ils s’imaginent qu’ils n’ont pas de religion » : la religion comme hexis dans les écrits apologétiques tardifs de Léon Tolstoï Guilhem Pousson, Sorbonne-Université (Paris)
12H00 : La Religion en régime de Liberté religieuse. Sortir de l’ère constantinienne, mais après ? Michel Fourcade, Université Paul Valéry (Montpellier)
12H30 : Questions et débat
13h Pause déjeuner
II. La notion de religion aux prises avec la postmodernité : approches sociologiques
14H30 : La religion en deuxième modernité. L’exemple de la France Philippe Portier, École Pratique des Hautes Études (Paris)
15H15 : Un ressourcement poétique : approche ethnologique de la notion de religion à l’époque postmoderne, Jacques Lucciardi, Université Nice – Sophia Antipolis
15H45 : Questions et débat
16h Pause
16H30 : La religion en migrations : entre identité locale et appartenance transnationale Corinne Valasik, Faculté de Sciences sociales, d’Économie et de Droit (ICP)
17H : Reconfiguration d’une religion aujourd’hui : le cas de « l’hindouisme » Ysé Tardan-Masquelier, Theologicum (ICP)
17H30 : Repenser la religion à partir des pentecôtismes en Afrique Henri Tedongmo Teko, Université de Yaoundé I
18H : Questions et débat
18H30 : Fin de la première journée
SAMEDI 6 AVRIL 2024
9H30 : Quels liens entre religion et spiritualité dans le domaine biomédical ? Driss Khechaf, Université catholique de Louvain
10H : L’intégrisme religieux et le « wokisme » : les deux faces d’une même crise de la culture Olivier Roy, Robert Schuman Centre for Advanced Studies European University Institute (Florence)
10H45 : Questions et débat
11h Pause
III. La notion de religion aux prises avec la postmodernité : approches théologiques
11H30 : De quoi la religion est-elle le nom ? Jean-Louis Souletie, Theologicum (ICP)
12H : L’ « essence » du christianisme à l’épreuve de l’inculturation et du dialogue interreligieux Xavier Gué, Theologicum (ICP)
12H30 : Questions et débat
13h Pause déjeuner
14H30 : La présence au monde de l’Église et la « religion ». Problématique protestante Elio Jaillet, Université de Genève
15H : La redéfinition du christianisme en Afrique à partir des oeuvres théologiques de Meinrad P. Hebga et Jean-Marc Éla, Jean-Claude Angoula, Institut catholique de Paris
15H30 : Questions et débat
16H : De la théologie au psycho-religieux : une étude des praxis religieuses à partir du cas d’une fraternité de dénomination Born Again aux Philippines Jérémy Ianni, Université de Paris 8 et Institut de recherche sur l’Asie du Sud-Est contemporaine (IRASEC)
16H30 : De la refondation de la pensée théologique islamique et l’idée de religion, Ghaleb Bencheikh, Président de la Fondation de l’islam de France
17H : L’écospiritualité de Michel Maxime Egger comme une expression du lien entre la spiritualité contemporaine et la conscience écologique Talía Jiménez Romero, Université de Strasbourg
17H30 : Questions, débat et conclusion du colloque
18H : Fin du colloque
La notion moderne de religion a émergé au XVIIIe siècle puis s’est imposée dans les sciences humaines et historiques. Née dans le contexte des Lumières, elle a en quelque sorte fait asseoir « la vraie religion » (le christianisme) auprès des autres traditions. Ce rapport dialectique et ambigu des sciences des religions avec le christianisme marqua la modernité.
Une telle relation s’explique dans le contexte du processus de sécularisation par lequel le politique a voulu échapper aux luttes « confessionnelles », germes de divisions pour des nations en voie d’affirmation. Paradoxalement, l’idée de « religion » serait le fruit de la sécularisation et non sa préparation En effet, l’emploi de la notion de religion permet une mise à distance des traditions religieuses d’avec la culture et le politique et, en tant qu’elle signifie l’objet d’une science, à les désacraliser. Aujourd’hui, est-il encore légitime de présenter des traditions religieuses selon la notion moderne et crypto chrétienne de la religion ? Dans un contexte qui accorde une estime plus marquée aux cultures et traditions extra européennes, ne faut-il pas déseuropéaniser la réalité cachée derrière le terme « religion », pour laisser la place à plus de diversité ?
Certes les tentatives de revenir à l’idée de la transcendance avec la phénoménologie des religions ont pu favoriser un élargissement à une diversité d’expériences religieuses. Cependant, leurs protagonistes ne pouvaient tout d’abord pas dissimuler leur origine chrétienne, bien plus ils réintroduisaient une part de non rationnel dans la science. Si le transcendant verse dans l’irrationnel, la théologie, en revanche, serait alors la manière de légitimer scientifiquement la science du religieux. Or, la théologie n’est-elle pas l’apanage des « confessants » et des religieux, plus prompts à justifier leurs propres croyances, qu’à les remettre en question dans une démarche scientifique ?
Une autre voie, indirecte et plus modeste, consisterait à penser les « religions » par un détour : les considérer dans le rapport au monde postmoderne, fragmenté, multiculturel, à la fois néolibéral et identitaire, mondialisé et localisé, marqué par le « wokisme », mais surtout par la crise écologique…Par le détour des relations qu’elles entretiennent avec ce monde et la manière dont elles y réagissent, il s’agirait de caractériser les traditions religieuses et d’y repérer de quelles visions spécifiques du monde elles sont porteuses et dans quels récits elles veulent y faire entrer l’humanité. Nous aboutirions ainsi à montrer comment les religions traduisent et déchiffrent, chacune à sa manière, le monde du XXIe siècle et à mieux cerner la notion de « religion ».
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